Relâche…
Il y a des jours où, comme tout le monde, je me dis que je n’ai pas le temps de pratiquer.
Il y a des jours où je m’égare dans la frénésie du quotidien, plongée dans l’immensité des tâches ménagères, des listes de chose à faire et des contraintes, oubliant alors que j’ai un corps qui respire et un cœur qui bat. Je ne suis pourtant pas dupe : ce que j’ai tendance à oublier se rappelle à moi, doucement d’abord, par signaux discrets, puis de manière de plus en plus brutale, lourde, saisissante.
Vient alors le moment où je ressens cette fatigue intense, profonde. Cette fatigue sans concession, implacable, qui s’empare de mon être tout entier, mettant en suspens toute l’excitation qui m’anime depuis le réveil.
Dans de tels moments, la meilleure solution est de dérouler mon tapis. Je le sais, j’en ai pleinement conscience, le besoin intime de prendre une bouffée d’air s’impose. Mais cette évidence ne rend pourtant pas le geste systématique. Le mental a comme qui dirait un sursaut de volonté, il résiste alors que tout le reste s’étiole dans le trop-plein.
Pourquoi est-ce que je résiste ? Pourquoi est-ce si difficile de lâcher ? Quand tout autour de toi n’est qu’un amas d’impressions confuses, de pensées absurdes et redondantes, pourquoi perds-tu ton temps à lutter vainement ?
Si je finis par dérouler mon tapis sur le sol, si je finis par m’octroyer ce temps que je croyais impossible à convoquer, alors la réponse devient évidente : quand le tourbillon du quotidien t’emporte, tu n’as plus ni volonté ni présence. Tu n’es qu’un automate, une version réduite de toi-même ; tu préfères te perdre dans l’insignifiance du journalier plutôt que de raviver en toi l’étincelle de vie. Est-ce que tu vis, d’ailleurs ?
Ou est-ce que tu vivotes péniblement, coincée quelque part entre la lessive, le sac de courses, la boîte mail et le siphon de l’évier ?
Quand je suis sur le tapis et que j’étire mes vertèbres, les bras levés vers le ciel sur une inspiration profonde, je réalise tout ce temps perdu à me débattre dans le tourbillon. Quel gâchis ! N’a-t-on pas qu’une vie ? Ne nait-on pas avec un nombre limité de respirations ? Et si je veux profiter des miennes coûte que coûte, n’est-il pas plus simple d’accepter de lâcher ?
Tandis que je me retrouve allongée sur le dos, les yeux fermés, dans la relaxation profonde, je parcours intérieurement l’espace du corps avant de revenir à l’espace mental. Le chemin est délicieux, à chaque fois unique, à chaque fois inénarrable : relâche le talon, relâche les orteils, relâche la cheville, relâche la peau du mollet, …. relâche les mâchoires, relâche le cuir chevelu, relâche la gorge, relâche les cordes vocales, … Relâche. Relâche… Reste dans l’adoration du vide...Profite…
L’espace mental s’absout alors dans l’espace du corps, l’espace du corps s’éclipse soudain dans l’espace mental.
Que faire sinon profiter ? Et relâcher encore davantage, un peu plus, là où subsiste la tension qu’on ne soupçonne pas, là où réside la pensée qui ronge.
Puis tout devient alors transparence, fluidité, légèreté, souffle….
Relâche encore un peu…
Observe.
Ça y est : tu vis.